Responsabilité de la commune en cas de coulée de boue
(dernière mise à jour le 28/10/2026)
Présentation de la situation
La Cour Administrative d’Appel de Nantes, dans une décision du 25 septembre 2026, req. n°25NT01103, précise les cas où une commune peut être reconnue responsable lors d’évènements climatiques comme une coulée de boue, un ruissellement ou un effondrement dû aux intempéries.
Que dit l’arrêt ?
En l’espèce, un phénomène
orageux provoque dans une commune des ruissellements abondants d’eaux pluviales
et des coulées de boue impactant l’ensemble d’une commune. Ces intempéries ont
eu comme conséquences des déplacements de terre, de boues et de pierres,
provoquant des dégâts sur des immeubles à usage d’habitation. La question s’est
posée de savoir si la victime de ces dégâts peut engager la responsabilité sans
faute de la collectivité.
Dans ce contexte, le juge
a rappelé que le maître d’ouvrage était responsable, même en absence de faute,
des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux
tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Seuls la
faute de la victime ou un cas de force majeure peut désengager la
responsabilité sans faute de la collectivité.
Le juge a également
établi qu’un lien de causalité direct et certain
devait être établi entre l’existence et le fonctionnement des ouvrages publics
et la politique d’artificialisation des sols et les dommages subis pour engager
la responsabilité sans faute de la commune.
De la même façon, le juge reconnaît que la responsabilité pour faute ne peut être engagé contre la communauté d’agglomération au titre de sa carence dans l’exercice de ses compétences en matière de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations dites GEMAPI, en raison de la qualification de l’évènement climatique comme un état de catastrophe naturel.
Les principes de droit
La responsabilité d’une
commune en cas de coulée de bous ou de ruissellement dépend de l’existence d’une
faute, d’un défaut d’entretien ou d’une négligence avérée dans la gestion
des infrastructures publiques ou de la police administrative. Un lien de
causalité directe doit alors être prouvé.
Il n’existe pas de
compétence « ruissellement » exclusive obligatoire pour les communes.
La loi n’impose pas aux collectivités de dimensionner des réseaux pour absorber
la totalité des crues ou pluies d’ampleur exceptionnelle : CE, 11 février 2022.
La commune ne peut être
tenue responsable que si le dommage résulte d’un défaut d’entretien de la voirie
communale ou d’équipements dont elle a la charge : CE, 11 mars 1983.
Si les aménagements
réalisés par la commune (routes, bâtiments, imperméabilisation) ont accentué ou
dévié le flux d'eau de manière anormale vers une propriété, la responsabilité
de la collectivité peut être engagée, même en cas de fortes intempéries.
En présence d’un danger
grave et imminent, le maire doit prendre les mesures d’urgence nécessaires pour
la sécurité publique sous peine d’une carence de police administrative.
Si la coulée de boue
résulte de pratiques culturales inadaptées, de l’absence de couvert végétal ou
d’ouvrages privés modifiant l’écoulement, la responsabilité peut incomber au
propriétaire du terrain agricole ou à un riverain.
Les terrains situés en
contrebas ont l'obligation légale de recevoir les eaux et boues qui s'écoulent
naturellement des fonds supérieurs, sans intervention de la main de l'homme :
article 640 du Code civil.